Dans une entreprise qui grandit, il arrive un moment où les décisions technologiques dépassent les personnes qui les prennent. L'ERP montre son âge, les questions de sécurité se compliquent, les fournisseurs appellent directement le propriétaire et le responsable des TI, excellent pour faire fonctionner les systèmes, n'est pas assis à la table quand les grandes décisions se prennent.

Le réflexe, c'est de se demander qui embaucher. La meilleure question, c'est de savoir de quoi on a vraiment besoin. Les athlètes connaissent le principe : une séance avec un spécialiste pour régler un problème précis, un entraîneur qui planifie la saison ou une équipe à temps plein quand le programme le justifie.

Je le dis d'emblée : j'offre deux de ces trois formules. Tenez-en compte en me lisant. Et la bonne réponse est parfois la troisième.

Partir du besoin, pas du titre

Votre besoinLa formule qui convient
Une question précise, qui a une fin : choisir un système, bâtir une feuille de route, faire le point sur un projetUn consultant, sur mandat
Une direction technologique continue, mais pas à temps pleinUne direction TI à temps partagé
Un leadership technologique quotidien, avec une équipe à dirigerUne direction TI à temps plein

Le mandat a une portée, une durée et des livrables. Quand il est terminé, il est terminé.

La direction TI à temps partagé porte la feuille de route et le budget technologique, gère les fournisseurs, encadre l'équipe TI ou le fournisseur de services gérés et siège avec la direction à un rythme régulier. Il fait partie du fonctionnement de l'entreprise, simplement pas tous les jours.

La direction TI à temps plein se justifie quand la technologie est un travail de direction quotidien : une équipe à diriger, plusieurs projets en parallèle, un budget qui demande une attention constante et des décisions qui ne peuvent pas attendre la prochaine visite.

La règle : deux questions

  1. Le besoin a-t-il une fin? Si oui, un mandat. Sinon, passez à la question suivante.
  2. Y a-t-il, chaque semaine, l'équivalent d'un poste de direction à temps plein, avec une équipe à diriger? Si oui, embauchez. Sinon, un DSI à temps partagé.

Toute la difficulté est de répondre honnêtement à la deuxième question. On a tendance à surestimer le besoin quand on est inquiet, et à le sous-estimer quand on est débordé.

Les signes qui ne trompent pas

Un mandat suffit quand une seule décision ou un seul projet est sur la table, quand il faut un regard externe pour trancher un débat à l'interne ou quand l'expertise requise ne resservira pas avant longtemps.

Une direction TI à temps partagé devient pertinent quand les décisions technologiques s'enchaînent, que personne à la table de direction n'en est responsable, que les contrats sont gérés par la personne disponible ce jour-là ou que vous avez une équipe TI, interne ou externe, mais personne pour lui donner une direction.

L'embauche à temps plein se justifie quand plusieurs projets importants roulent en même temps, toute l'année, quand l'équipe interne est assez grande pour être dirigée au quotidien, quand la technologie fait partie de ce qui vous distingue de vos concurrents, et pas seulement de votre fonctionnement, et quand vous êtes prêt à donner à cette personne une vraie autorité.

Trois erreurs fréquentes

Embaucher un DSI trop tôt. Sans équipe, sans budget et sans autorité, une embauche de haut niveau finit en gestionnaire TI très coûteux, ou elle part. Dans les deux cas, l'entreprise conclut que « le poste de DSI n'a pas fonctionné », alors que c'était une question de moment.

Embaucher un gestionnaire TI en espérant un DSI. Faire fonctionner les systèmes et donner une direction technologique sont deux métiers différents. Quand on les confie à la même personne, l'urgent l'emporte presque toujours sur l'important.

Multiplier les mandats pour un besoin permanent. Enchaîner les consultants pour une responsabilité qui ne s'arrête jamais crée de la dépendance sans imputabilité. Si vous rappelez le même conseiller pour le même genre de décision, ce n'est plus un projet.

Les questions à poser, peu importe la formule

Une fois la formule choisie, la discussion avec les candidats se structure plus facilement. Quelques questions valent pour les trois :

  • La portée. De quoi cette personne sera-t-elle responsable, et qu'est-ce qui reste à la direction?
  • L'autorité. Peut-elle trancher sur les fournisseurs, le budget et les priorités, ou seulement recommander?
  • Le rythme. À quelle fréquence rencontrera-t-elle la direction, et de quoi rendra-t-elle compte?
  • Les premières semaines. Qu'aurez-vous en main tôt, avant que le gros du travail soit terminé?
  • La sortie. Comment l'entente prend-elle fin, et qu'est-ce que votre équipe conserve?

Les réponses comptent autant que la formule. Une direction TI à temps partagé sans autorité, ou un DSI à temps plein sans portée claire, finit au même endroit : un titre sans véritable poste.

Souvent, une séquence plutôt qu'un choix

Ces trois formules se suivent souvent. Un mandat permet de faire le point et de clarifier les besoins. Une direction TI à temps partagé porte ensuite le plan, met en place l'équipe et les façons de faire et montre si un poste à temps plein est justifié, ou s'il ne l'est pas encore. Le moment venu, il est aussi bien placé pour définir le poste et évaluer les candidats.

Pour y voir clair

Posez les deux questions à votre équipe de direction et répondez-y par écrit. Si la réponse reste floue, un appel de 30 minutes est une suite raisonnable.

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